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La vie cachée des arbres

Éléments essentiels de la biodiversité, les arbres participent à leur manière à l’équilibre d’un milieu : apport de matière organique pour les sols par la perte des feuilles et des branches ainsi que par des branches en décomposition, système racinaire favorable au développement des mycorhizes, partiellement responsables de la décomposition des matières organiques en matières minérales, captation du carbone et rejet d’oxygène. Mais qu’en est-il de la biodiversité qui se cache à l’abri des racines, des troncs, des branches et des feuilles des arbres ? Quels mondes secrets se côtoient loin des regards ? Quels rôles jouent ces acteurs discrets et parfois silencieux qui habitent ou cohabitent avec ces géants aussi bien que ces jeunes arbres promis à une croissance lente dans un milieu complexe.

Zoom sur la vie cachée des arbres.

Des refuges à tous les étages

Pour certaines espèces, l’arbre représente l’habitat idéal. Des racines, un tronc plus ou moins rugueux, plus ou moins pénétrable, des branches et des feuilles, sans oublier des fruits. L’arbre devient ainsi un hôtel de luxe où les espèces peuvent se nourrir, s’abriter, se reproduire.

Les oiseaux sont sans doute les plus visibles de ces espèces. Ils font leurs nids au creux des branches, prélèvent graines, fruits et petits insectes pour se nourrir et nourrir leur progéniture.

Parmi les mammifères, les écureuils trouvent sur les arbres une abondance de fruits qu’ils cachent frénétiquement pour l’hiver à venir. Ce faisant, ils sont d’infatigables planteurs et participent au renouvellement de la forêt, quand au printemps, émergent du sol, de jeunes pousses issues de butins oubliés.

Ils sont souvent concurrencés dans leur cueillette par les muscardins, petits rongeurs omnivores qui apprécient aussi les noisettes, à l’automne.

Au sol, les hérissons utilisent les feuilles tombées des arbres pour construire leur nid, les taupes transportent également des feuilles afin d’aménager leurs galeries souterraines. La présence d’escargots, à proximité des arbres révèle l’existence d’un milieu riche et humide. En cela, ils sont d’excellents bio-indicateurs. Ils contribuent au maintien de la qualité des sols en étant un des acteurs de la chaîne de découpage et de fragmentation des feuilles en petits morceaux.

 

Une diversité précieuse 

On trouve sur et sous les écorces de nombreux habitants, comme les coléoptères qui forment un groupe d’insectes de près de 400 000 espèces différentes. Ils trouvent dans la présence des arbres un refuge et un formidable garde-manger. Leur appareil buccal broyeur leur permet de consommer des tissus végétaux.

Ce monde secret abrite également les papillons, les punaises, les cigales et cicadelles, les pucerons et autres compagnons, tels les abeilles et les bourdons qui appartiennent au groupe des hyménoptères.

 Sans oublier la présence des guêpes, des abeilles sauvages, des guêpes parasitoïdes également appelées ichneumons, des fourmis, des tenthrèdes, des mouches, des moustiques et anophèles (nématocères), des araignées, des acariens…

Les collemboles participent à la chaîne de décomposition de la matière organique au pied des arbres par leur action au stade du découpage et de la fragmentation de cette matière. Elles sassocient, dans ce travail minutieux, aux escargots, cités plus haut, aux acariens, aux grands myriapodes. Une feuille ainsi découpée par cette faune extrêmement petite aura une surface de puzzle 10 000 fois supérieure à la taille de la forme initiale.

Certains de ces insectes sont bénéfiques pour l’arbre et agissent en symbiose, d’autres se révèlent être des ravageurs, mais dans l’écosystème, chacun a et tient sa place, et l’arbre règne en maître de cet univers complexe et riche. 

Un réseau souterrain imperceptible

Les champignons, espèces du règne fongique, apprécient tout particulièrement la présence des arbres, en surface ou en sous-sol.

Les champignons sont essentiels à la biodiversité des forêts et jouent un rôle très important dans l’équilibre de l’écosystème forestier. Certains champignons sont capables de s’associer aux racines des végétaux pour former ce que l’on appelle des mycorhizes. Il s’agit d’une association symbiotique, bénéfique autant pour l’arbre que pour le champignon. Ce réseau, appelé réseau mycélien, forme des extensions du système racinaire des arbres, leur permettant d’étendre leur zone de recherche de nutriments et d’eau. La mycorhization est indispensable pour certaines plantes, elle favorise le prélèvement et l’absorption de nutriments par les végétaux, l’absorption de l’eau et la résistance des arbres.

Dans ce monde souterrain, les vers de terre sont aussi à l’œuvre. Ils jouent un rôle extrêmement important dans le processus de fertilisation du sol : en digérant la terre, le ver transforme la matière organique en composé assimilable par les plantes. Leur jabot est rempli de particules minérales fines qui réduisent en petits morceaux et brassent le contenu digestif. Ainsi, les vers de terre sont essentiels au processus de décomposition, d’assimilation, de restitution et de mélange des boulettes fécales, des fragments végétaux et argiles. Ce faisant, ils favorisent l’action ultérieure des métaboliseurs et préparent la formation du complexe argilo-humique. Ils participent à la résorption de la masse organique en décomposition.

Ils ont aussi une importance dans la structure du sol. En se déplaçant, ils creusent des galeries, remuent et brassent le sol, ce qui l’aère, le structure et améliore sa qualité. Ces galeries facilitent la circulation des éléments dans le sol comme l’eau, l’air et les organismes du sol, dont les racines.

 

Une vie sur les écorces

Enfin, on trouve des lichens, longtemps considérés, à tort, comme des parasites. Ils sont en réalité des épiphytes, espèces qui utilisent d’autres espèces comme support de croissance totalement inoffensives. S’ils poussent bien sur les troncs, donnant parfois l’impression d’une colonisation extrêmement rapide et envahissante, ils ne prélèvent rien de préjudiciable sur celui-ci. Ils sont par ailleurs d’excellents bio-indicateurs de la qualité de l’air et de l’environnement.

Plus bas, les mousses se développent au pied des arbres et prennent rapidement l’apparence d’un tapis dense et moelleux aux tons verdoyants qui offre un refuge de qualité à une multitude de petits insectes.

 

Un écosystème dans l’écosystème

Il faut par ailleurs mentionner l’existence de micro-organismes, invisibles à l’œil nu et pourtant présents en quantités et extrêmement utiles à l’équilibre de cet écosystème dans l’écosystème.

Si certaines bactéries et levures peuvent pénétrer dans le tronc et provoquer certaines maladies, la plupart cohabitent en bonne entente avec leur hôte.

Ainsi, au sein même de l’intimité des arbres, la vie grouille, se multiplie, arpente, colonise tout ce que l’arbre peut offrir comme support et comme refuge. C’est un univers complexe, aussi complexe que celui qui existe à l’échelle de la forêt, aussi fragile aussi. Les deux sont par ailleurs intimement liés. L’un a besoin de l’autre et dans ce grand tableau, l’arbre est l’axe central de ce monde organisé, rythmé par les saisons, soumis aux agressions infligées par notre monde. Un arbre déraciné par un événement météorologique et couché au sol continue d’abriter cette biodiversité.

En se décomposant sous l’action des acteurs de la chaîne de broyage et de digestion, il enrichit les sols de la forêt et participe à l’émergence de nouveaux plants qui deviendront à leur tour, vigoureux et offriront un abri à la flore et la faune de la forêt.

 

On ne protège bien que ce que l’on connaît. Cette richesse cachée aux creux des arbres invite à la curiosité. Il faut tendre l’oreille, ouvrir grand les yeux, rester immobile, à l’affût, parfois de longues minutes, pour avoir le privilège de partager une tranche de vie de ces créatures.

Zoom sur une association à trois

Il existe une variété de plantes non chlorophylliennes qui ont besoin de plantes hôtes pour trouver les substances organiques qui leur sont nécessaires. Pour cela, elles se connectent au phloème de leur hôte, à travers lequel circule la sève élaborée qui les intéresse.

Ainsi, le monotone suce-pin (Monotropia Hypopitys utilise un champignon pour accéder aux ressources de l’épicéa. C’est une association à trois qui se met en place.

On dénombre également plusieurs variétés d’orchidées sans chlorophylle comme la néothie nid d’oiseau (Neottia nidusavis) et l’épipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum) se branchent elles aussi sur le phloème de leur hôte, également par l’intermédiaire d’un champignon mycorhizien.

Photo © Franck Le Driant / FloreAlpes.com / pulsatille.com

Glossaire :

 mycorhize : résultat de l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes.

 seau mycélien : formé de mycélium, filaments souterrains de champignons.

 phloème : tissu conducteur de la sève élaborée. (À l’inverse, le tissu conducteur de la sève brute est le xylème).

 

 

Sources : Les arbres et leurs hôtes. Margot et Roland Spohn. Ed. Delachaux et Niestlé.

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